Un ciel qui s’assombrit, quelques grondements de tonnerre au loin… Les signes annonçant un orage sont généralement assez faciles à identifier. Mais il en existe un beaucoup moins connu des randonneurs : un étrange bourdonnement ou grésillement qui donne parfois l’impression d’être entouré d’abeilles.
Le phénomène est suffisamment sérieux pour être mentionné dans les recommandations officielles de sécurité. Le ministère de l’Intérieur indique ainsi qu’en montagne, lorsqu’un alpiniste entend le « bourdonnement ou le bruit d’abeilles » caractéristique de l’effet de couronne (ou effet corona), le champ électrique ambiant est déjà intense et il faut quitter les crêtes de toute urgence.
Un bruit d’abeilles… sans aucune abeille
Le phénomène peut être particulièrement déroutant la première fois qu’on y est confronté. Vous vous trouvez en altitude, parfois dans un environnement essentiellement minéral, et un bourdonnement ou un crépitement électrique devient perceptible. Inutile de chercher une ruche cachée entre deux rochers !
Ce son peut être provoqué par ce que les physiciens appellent l’effet couronne, ou effet corona. Lorsque le champ électrique devient suffisamment intense, des micro-décharges peuvent apparaître autour de certaines pointes ou aspérités. RTE explique que ces phénomènes peuvent notamment se produire au niveau des piolets des alpinistes et générer un grésillement caractéristique comparable au bruit des abeilles.
C’est également à ce phénomène électrique que sont associés les fameux feux de Saint-Elme, ces lueurs parfois observées autour d’objets pointus lorsque le champ électrique est très important.
Pourquoi ce phénomène est-il particulièrement inquiétant en montagne ?
Les sommets, crêtes et arêtes constituent précisément les endroits où il ne faut pas rester lorsqu’un orage approche. Un randonneur évoluant sur une ligne de crête peut être particulièrement exposé. C’est pourquoi Météo-France recommande, en cas d’orage en montagne, d’éviter les arêtes et les sommets et, lorsqu’on est surpris sur un sommet, de descendre le plus bas et le plus rapidement possible.
Le « chant des abeilles » doit donc être considéré comme un signal d’urgence, et non comme une curiosité naturelle à observer ou à filmer.
D’autres manifestations peuvent accompagner un champ électrique intense :
- des cheveux qui se dressent ;
- des sensations de picotement ;
- un crépitement provenant de certains objets ;
- éventuellement une faible lueur bleutée autour d’une pointe métallique.
Si plusieurs de ces phénomènes apparaissent, il faut réagir immédiatement.
Que faire si vous entendez ce bourdonnement ?
La priorité est de réduire immédiatement son exposition. Si vous êtes encore sur un sommet, une crête ou une zone particulièrement dégagée, quittez cette position et perdez de l’altitude dès que cela peut être fait sans vous mettre en danger.
Météo-France recommande également de s’éloigner des objets métalliques tels que les piolets, crampons, mousquetons, pitons, bâtons télescopiques ou pylônes. Il faut aussi éviter les arbres isolés et les cours d’eau.
Si aucun bâtiment en dur n’est accessible et que l’orage est sur vous, les recommandations officielles préconisent de s’accroupir, pieds joints, sans s’allonger au sol ni s’appuyer contre une paroi. Lorsque c’est possible, un matériau isolant comme un sac à dos sans armature métallique, un sac de couchage ou une corde peut être placé entre soi et le sol.
La grotte, une fausse bonne idée
Face à l’orage, le premier réflexe pourrait être de se réfugier dans la première petite cavité rocheuse disponible. Ce n’est pourtant pas nécessairement une bonne solution. Une petite anfractuosité ou une grotte peu profonde peut être dangereuse : près de l’entrée, un arc électrique peut notamment se produire entre le plafond et une personne. S’appuyer contre la roche expose également au passage d’un courant. Le ministère de l’Intérieur recommande, dans une telle situation, de rester accroupi en conservant autant que possible ses distances avec le plafond, les parois et le fond.
Même logique pour un surplomb rocheux : Météo-France déconseille d’y stationner pendant un orage.
N’attendez surtout pas le « chant des abeilles » pour redescendre
Le principal enseignement reste toutefois ailleurs : si vous entendez ce bourdonnement, vous avez déjà attendu beaucoup trop longtemps pour quitter une zone exposée. L’objectif est justement de ne jamais arriver à cette situation.
Un ciel qui devient très sombre, des cumulonimbus qui se développent rapidement, des rafales soudaines et surtout les premiers grondements de tonnerre doivent inciter à modifier ou interrompre la randonnée.
En montagne, attendre que la pluie commence pour faire demi-tour est une mauvaise stratégie. La foudre peut se produire avant les premières gouttes importantes et frapper à distance de la zone où les précipitations sont les plus fortes.
Orage en montagne : mieux vaut anticiper
Avant chaque randonnée, particulièrement en période estivale, consulter uniquement la météo générale de la journée ne suffit pas. Il faut regarder l’évolution prévue au fil des heures et le risque orageux.
La Vigilance météorologique de Météo-France permet notamment d’identifier les phénomènes dangereux susceptibles de toucher un département dans les heures à venir. Elle est actualisée au minimum deux fois par jour et davantage lorsque la situation le nécessite.
Lorsque des orages sont annoncés l’après-midi, partir tôt peut permettre d’être revenu dans une zone sûre avant leur développement. Si le risque est important, mieux vaut modifier l’itinéraire ou reporter complètement la randonnée. Les recommandations gouvernementales vont dans ce sens : en cas d’orage annoncé, adapter ou reporter sa sortie constitue la première mesure de prévention.
A l’heure ou les conditions météo sont de plus en plus extrêmes avec le réchauffement climatique, il est important de bien prendre cela en compte, le nombre d’accidents liés à ces orages (et leurs conséquences) étant de plus en plus nombreux.
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Le réflexe à retenir
Vous êtes en montagne et entendez soudain un bourdonnement ressemblant à un essaim d’abeilles alors qu’aucun insecte n’est visible ? Ne perdez pas de temps à chercher l’origine du bruit et ne restez surtout pas sur place pour filmer le phénomène.
Quittez immédiatement les crêtes, sommets et points hauts, perdez de l’altitude si cela peut être fait en sécurité et cherchez une situation moins exposée.
Ce curieux « chant des abeilles » est spectaculaire, mais lorsqu’il est provoqué par l’effet de couronne, il indique surtout une chose : le champ électrique autour de vous est devenu suffisamment intense pour constituer un sérieux signal d’alerte.