Annecy face au surtourisme: colère des riverains et régulation des Airbnb en vue

Trois millions de visiteurs, des ruelles qui saturent, le pont des Amours rebaptisé en « pont du désamour » par des habitants à bout: à Annecy, le ras-le-bol s’affiche sans fard. Les collectifs ARVVA et Les Glaisins de la colère ont mis la pression, et la municipalité avance vers une régulation des Airbnb. Le Dauphiné Libéré (14 août 2025) résume bien l’ambiance: entre carte postale et mal de tête, la bascule se voit à l’œil nu.

Pourquoi la vieille ville grince des dents

Si vous avez déjà tenté de traverser la vieille ville un samedi ensoleillé, vous voyez l’image: poussettes coincées au bord du Thiou, odeur de crêpe au sucre qui lutte avec celle de diots grillés, et cette impression que la ville respire à peine. On ne va pas se mentir, c’est beau — presque trop. Moi-même, j’ai déjà ralenti pour une photo du reflet sur une façade pastel, puis j’ai regretté en bloquant toute la file. Mea culpa.

Le mot-clé qui fâche, c’est surtourisme Annecy. Derrière, il y a des vies ordinaires bousculées. Des voisins qui n’arrivent plus à se garer, des locataires évincés à la fin d’un bail, des commerces historiques remplacés par une énième sandwicherie minute. Et le soir, la « bruitocité » (oui, j’invente un peu) qui grimpe quand les valises à roulettes claquent sur les pavés jusqu’à minuit. Vous habitez là ? Vous savez ce que ça fait de caler sa sieste sur le rythme des check-in.

Airbnb, symptômes et angles morts

Personne ne dit que tout vient des meublés touristiques. Le succès d’Annecy se joue sur plusieurs tableaux: Instagram, le télétravail qui permet un saut de puce pour un long week-end, la facilité des vols vers Genève. Mais la multiplication des Airbnb, c’est le point d’achoppement. Ça accélère la gentrification saisonnière, crée une forme de mono-activité dans certains îlots, et raréfie la location longue durée. Une logique simple: plus rentable à la nuitée qu’au mois, donc on bascule.

Ce que la ville met dans les tuyaux

Le cadre national est posé: 120 nuits par an pour une résidence principale, déclaration et numéro d’enregistrement. À Annecy, une nouvelle phase de régulation arrive sur le tapis, dans la lignée des villes qui serrent la vis. Le message est clair: rééquilibrer sans casser l’économie locale. Pas évident, mais faisable si la règle est lisible et contrôlée.

Les options sur la table — certaines déjà employées ailleurs — ressemblent à une boîte à outils. L’idée n’est pas de stigmatiser l’hôte qui loue sa chambre l’été, plutôt de freiner l’industrialisation des meublés.

  • Numéro d’enregistrement et contrôle renforcé, avec sanctions en cas de fausse déclaration.
  • Plafonds différenciés de nuitées en hyper-centre, histoire de baisser la pression là où ça craque.
  • Règle de changement d’usage et compensation pour transformer un logement en meublé de tourisme.
  • Taxe de séjour ajustée et surtaxe sur résidences secondaires pour financer le logement et les services publics.
  • Moratoires ciblés sur de nouveaux meublés dans des rues déjà saturées.

les limites du modèle tout-court séjour

Une ville qui se vide de ses habitants à l’année perd ses services, ses écoles, sa culture du quotidien. La capacité d’accueil, ça ne se résume pas à des lits: c’est une jauge urbaine faite de trottoirs, de bus, d’écoles, de boulangers qui restent ouverts en novembre. Quand cette jauge craque, la destination perd son charme — et au passage, son économie du lundi au vendredi.

Des pistes pour respirer sans gâcher la fête

On ne va pas transformer Annecy en musée sous cloche. L’enjeu, c’est de lisser les flux, de préserver les logements, et de redonner des marges de manœuvre aux riverains. Voilà ce qui remonte souvent du terrain, cafés compris (et oui, entre deux gorgées d’expresso, on entend beaucoup de choses).

  • Étaler la fréquentation: événements hors haute saison, offres culturelles d’automne, communication moins centrée sur « l’été carte postale ».
  • Mieux gérer les flux piétonniers: sens de circulation dans les ruelles étroites, signalétique claire, jalonnement vers des itinéraires bis.
  • Transport malin: navettes lacustres, parkings relais, prime au vélo sur les abords du lac d’Annecy.
  • Charte d’hospitalité: consignes simples pour les hôtes et les voyageurs (silence après 22 h, pas de check-in tardif sans accord, tri des déchets… basiques mais efficaces).
  • Observatoire public des meublés: données ouvertes, transparence, et arbitrages fondés sur des faits, pas sur des intuitions.

J’ajoute une marotte perso: une « jauge estivale » de la vieille ville avec des mesures adaptatives — pas un tourniquet, on se calme — mais des limites douces quand ça déborde, communiquées en temps réel. Qui n’a jamais renoncé à une boulangerie quand la file tournait au coin de la rue ?

et maintenant, on fait quoi ?

Annecy ne joue pas sa peau, elle joue sa cohérence. Si l’on veut que les habitants aient encore envie d’y élever des enfants, de monter un commerce de quartier, de rester en hiver quand le lac fume le matin, il faut que la règle protège le quotidien. Et oui, le touriste heureux existe aussi quand la ville respire.

Vous êtes hôte, voyageur, voisin du 3e ou élu ? Dites-moi: où placeriez-vous le curseur entre hospitalité et tranquillité publique ? Un cap de 90 nuits en hyper-centre vous semblerait juste ? Ou plutôt un système de compensation stricte pour chaque logement basculé ? On tâtonne, on tranche, puis on ajuste. Comme on le fait dans toute cuisine bien tenue.

Les panneaux « stop au surtourisme » ne sont pas là pour décorer — ils disent une ville qui veut rester vivable, sans perdre son sourire.

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